top of page
Search

AÏDA MULUNEH, 99 Series

Writer: Salimata Diop
Salimata Diop
Oct 2, 2014
2 min read

Critique écrite pour Intense Art Magazine avec Audrey Marcie

Autour de l'exposition The Divine Comedy, Heaven, Hell, Purgatory revisited by Contemporary African Artists, curatée par Simon Njami (MMK, Musem für Moderne Kunst, Frankfurt, Allemagne, 2014)


Aida Muluneh, 99 series, 2013

Peau mortuaire Pour illustrer l'Enfer, Aïda Muluneh choisit le thème de la conscience. Son œuvre, 99 series, s’apparente à une vanité et multiplie les symboles de la mort. Une femme est enduite de peinture blanche, comme couverte d’un linceul. La culpabilité de ses mains, couleur sang, affleure à même la peau : il semble que la photo ait saisi l’image d’un spectre. Une troisième main, venue de nulle part et posée sur son épaule, nous rend attentif au volume, à l’étrange absence de perspective. « Et je vis venir par la vallée ronde Des âmes qui pleuraient en silence [...] Vers les reins leur face était tournée [...] Je vis de tout près notre image Tordue à tel point que les larmes Ruisselaient des yeux sur les fesses. » La référence au tableau des sorciers à la tête retournée (Enfer, XX) est sans équivoque : par leur torsion, ils bouleversent notre confiance dans l’apparence mensongère. La linéarité du temps est annihilée quand, sur la toile de notre conscience, se mêle à l’envi les marques de nos fautes passées comme celles de nos souffrances à venir : la peau recouverte de peinture, de pointillés, de tissu, de membres intercalés, expose alors le drame de notre mémoire qui s’entache, de notre corps qui se vêt de tous les masques, parce qu’il s’affuble de toutes les identités, parce qu’il se châtie, se meurtrit et meurtrit les autres du fait d’actes impardonnables. De l’avertissement d’une vanité on glisse vers la pitié face à cette âme coupable et punie, dans un enfer qui lui est propre, prisonnière de sa propre éternité. La grâce hiératique du modèle est une farce comparée au cynisme de ses marques. Ainsi sommes-nous faits : tourmentés entre les moments de nos vies, nos aspirations et nos remords : la dignité semble affaire d’acceptation, un privilège à conquérir.

 
 
 

Comments


© 2026 Salimata Diop - all rights reserved.

bottom of page