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JANE ALEXANDER, Frontier with the Church

Writer: Salimata Diop
Salimata Diop
Oct 1, 2014
2 min read

Updated: Nov 27, 2019

Critique écrite pour Intense Art Magazine

Autour de l'exposition The Divine Comedy, Heaven, Hell, Purgatory revisited by Contemporary African Artists, curatée par Simon Njami (MMK, Musem für Moderne Kunst, Frankfurt, Allemagne, 2014)



Jane Alexander, Frontier with the Church, 2012-2014

Paradis animal


Par cette installation insolite, Jane Alexander, plasticienne d’origine sud-africaine, s’attache à une représentation hybride de la morphologie humaine, grandeur nature. Les plâtres sont peints à l’huile, la palette est réduite et les corps, d’un réalisme cru, sont tantôt vêtus, tantôt laissés à leur nudité. L’espace de l’œuvre est une pièce de théâtre suspendue l’instant d’un regard. Le paradoxe de cette scène hiératique et solennelle, c’est la mobilité du spectateur, libre de tourner autour de l’œuvre et de choisir un angle de vue.


Une procession passe, engloutissant l’individu dans l’automatisme social qui oppose le collectif à l’identitaire. Des hommes en rang suivent un char, véritable bataillon. A la place de leur visage humain, des têtes de lycaon, chiens sauvages connus pour leur puissante stratégie de chasse en meute, comme pour souligner la capacité de l’homme à devenir un prédateur. L’artiste se plaît à tourmenter la frontière entre humanité, animalité et divinité.


Ainsi, ces créatures ne sont pas sans rappeler le dieu égyptien Anubis, gardien du passage dans le monde des morts, ou encore le dieu Thôt à tête d’ibis, juge des défunts. L’échelle placée au cœur de l’installation est celle qui mène selon Dante aux cieux supérieurs et à l’Empyrée où siègent anges et élus de Dieu. C’est dans cette ultime demeure que Béatrice attend le héros, amour pur et indéfectible de Dante, qu’il va chercher jusque dans la mort. Il doit pour cela franchir chaque strate hiérarchique du monde de l’au-delà, dont semblent faire partie les prélats en chasuble qui se pavanent devant l’Echelle, en interdisant l’accès. On joue une farce, on parodie l’Eglise, sa hiérarchie, ses costumes et sa rigueur. La frontière invoquée par l’artiste dans le titre serait-elle celle entre la société, l’Eglise, et la foi?


Que célèbrent tous ces yeux opaques, ces visages impassibles, inexpressifs ? Un homme sans visage armé de faucilles ferme la procession, telle une menace latente. Il augmente encore la tension de ce défilé cérémoniel sans joie, qui provoque inévitablement un malaise et teinte la section du Paradis de son aspect profondément dérangeant.

 
 
 

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