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L’Afrique rend à Dante l'éclat de son universalité

Writer: Salimata Diop
Salimata Diop
Sep 28, 2014
2 min read

Updated: Nov 27, 2019

Critique écrite pour Intense Art Magazine

Autour de l'exposition The Divine Comedy, Heaven, Hell, Purgatory revisited by Contemporary African Artists, curatée par Simon Njami (MMK, Musem für Moderne Kunst, Frankfurt, Allemagne, 2014)


La Divine Comédie est le titre de la brillante exposition itinérante récemment conçue par Simon Njami, qui invite cinquante-quatre artistes d’Afrique et de la diaspora à interpréter le poème épique de Dante. Regard sur l’étape inaugurale au Museum für Moderne Kunst de Francfort.


Julie Mehretu, 2009

Dans le poème du même nom, écrit à l’aube du 14ème siècle, l’auteur Dante Alighieri se met en scène dans une quête spirituelle semée de symboles s’articulant en trois parties égales – l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis. Le poème est devenu un classique fondateur de la littérature occidentale.


Une ascension infernale


Tout comme Dante s’égarant dans une forêt obscure à son arrivée aux Enfers, les visiteurs de l’exposition se frayent un chemin dans un vaste espace. Or, à l’inverse du poème, Simon Njami nous offre d’emblée la traversée du Paradis, et, en plaçant l’Enfer aux étages supérieurs, joue avec les mots : monter en Enfer, descendre au Paradis... Le concept d’ascension infernale n’est pas sans rappeler les photographies de Sammy Baloji, où des mineurs du Katanga gravissent péniblement une montagne brûlante.


La célébration d’un monde ouvert et riche de ses différences


Car loin de constituer une illustration de l’œuvre de Dante, l’exposition se la réapproprie librement, et chaque œuvre est une reconstruction unique qui provoque un dialogue singulier entre différentes époques, différents lieux, différentes visions de la vie et de la mort. La recherche et l’ampleur de cette polyphonie est mise en exergue et se fait célébration d’un monde ouvert et riche de ses différences.


« Si la question de l’Autre est au cœur de notre questionnement, c’est que nous avons été cet ‘autre’ durant des siècles » dit Simon Njami.

« Il ne s’agit pas d’abolir cette altérité sans laquelle la vie serait sans saveur, mais de la déployer en ressuscitant tout son pouvoir polysémique et polyphonique. »


Une comédie universelle


La question de l’accès au Paradis est liée à celle du jugement et de l’exclusion. En livrant leurs provocantes et pétillantes interprétations d’un grand classique de l’Occident, les artistes abolissent les frontières et rendent à La Divine Comédie sa dimension universelle, célébrant ainsi la fin d’une ère où l’art contemporain d’Afrique et de la diaspora était ignoré et exclu des capitales du marché de l’art.


Il est frappant, émouvant même, de percevoir qu’au-delà de cette polyphonie, une harmonie règne. Au cœur de la partition, les artistes venus des quatre coins du monde, hommes et femmes, tels Julie Mehretu, Ndary Lo, Kudzanai Chiurai, Dimitri Fagbohoun, Yinka Shonibare, Nandipha Mntambo, tous se rejoignent sur des sentiments tels que la peur de la mort, la souffrance du deuil, la quête du bonheur. D’autres, comme Wangechi Mutu, nous murmurent que l’enfer n’est pas tant un autre monde qu’une facette de notre quotidien... Une exposition dont on n’a pas fini d’entendre parler, et à voir.


 
 
 

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